Harmonie 2
Harmonie 2 ou Saga d’une statue en ciment fondu
Création et réalisation étalées sur 3 étés ou 3 mois :
Nous verrons qu’avec une idée en tête mais sans aucune connaissance des procédés habituels pour confectionner une grande statue il est possible d’arriver à ses fins. Ayant appris en Hollande par une amie hollandaise et sculptrice les possibilités du ciment fondu et aussi d'après des livres anglais et hollandais nous faisons des essais d'abord sur de petites pièces. Ce ciment, riche en alumine d‘où sa noirceur, a pour propriétés d’être de prise rapide, d’être ignifuge, réfractaire, résistant à l’eau saline, etc … et d’être joli (ça c'est pas indiqué par le fabricant).
Ignifuge, réfractaire et résistant à l'eau saline étant d'un intérêt relatif pour la sculpture, nous voyons comme avantage essentiel sa prise et maturation rapides et son joli rendu.
Donc nous attaquons le projet ; étant en vacances nous n'avons pas travaillé 10 h par jour chaque jour de la semaine pendant 1 mois.
D’abord la ‘sellette’ de travail tournante : le tambour de machine à laver – rassurez-vous, HS – le moteur ayant servi à faire un tour à bois (lavage, essorage = 2 vitesses parfaites), et le bâti du tambour savamment transformé par mon père en support pour couper les bûches …
Le modèle en plâtre
Après avoir pas mal crayonné des esquisses et même fait un semblant de maquette en terre de 15 cm, vient la réalisation en grandeur nature.
L'armature : des cornières en fer du siècle précédent issues d'une serre et entreposées dans l’écurie, et du grillage à poules (neuf, lui), l’ensemble lié au fil de fer et collé avec un produit pour métal … ou pas. Ensuite le tout est enrobé de chiffons trempés dans du plâtre et la forme grossière apparaît.
Cette technique personnelle et très particulière ferait pousser les hauts cris par les spécialistes mais le but est atteint.

L’année suivante nous ajoutons du plâtre, encore et encore, pour obtenir une forme humaine. C’est le stade 1 présenté dans une grange où elle est descendue de son tambour de lessiveuse.
L’année suivante le travail est peaufiné, en fait beaucoup modifié. N’y connaissant rien j’utilisé le plâtre de la région, l’appliquant à main nue et du fait qu’il très impur il est très agressif chimiquement et physiquement … ce qui fait qu’après un mois de travail les empreintes digitales avaient totalement disparu et ça fait mal ... l'enfantement dans la douleur.
Le blanc du plâtre ne permet pas de voir les formes, surtout au soleil, il 'mange' les reliefs et surfaces et explose les volumes, alors j’ai dû la badigeonner d’argile. Tête et bras étaient prévus démontables car impossibles à mouler avec le corps.
1er jour ‘J’ arrive pour ledit moulage.
La statue – en étant au stade 2 - enduite d’argile comme démoulant est recouverte de plusieurs moules de plâtre épais qui tiennent les uns sur les autres. Ils sont épais de 12 à15 cm vu la mauvaise qualité de ce plâtre, ce qui me causera des difficultés. Les pièces montent jusqu’au cou (les bras et tête sont moulés à part). Il fallait 2 grosses coques pour maintenir l’ensemble, comme ça doit se faire.
Re-badigeonnage de démoulant (argile) pour les moules puis on applique le plâtre renforcé de tissu et de grillage. Chacune des 2 coques pesait 50 kg. Enfin la 1ère qui, malgré les puissantes armatures, s’est du reste lamentablement effondrée sur elle-même et sur votre serviteur. Fort de cette expérience nous contournons le problème en installant les pièces les unes sur les autres petit à petit, en appliquant le ciment au fur et à mesure - ces pièces, les moules, sont si épaisses que le défaut d'être trop épaisses devient un avantage.Elles s’emboîtent et tiennent parfaitement ensemble.
Deux brochures, l’une hollandaise dont je maîtrisais mal la langue, l’autre anglaise expliquaient clairement la façon d’appliquer le ciment sur le moule, càd. presque sec et en tapotant, en fait à la pratique je constate jusqu'à ce que de l'eau ressorte (ce qui n'était indiqué). On a le même effet sur le sable mouillé ; il semble dur et en tapotant l'eau remonte, il se liquéfie en surface.
Technique du moulage obligée par les circonstances
Le moulage est fait par étages (ca 6), chaque étage comporte différents moules. Ils s'emboîtent parfaitement les uns sur les autres et du fait de leur épaisseur ils tiennent en équilibre. Voici la présentation en coupes des différents moules et de l'installation des renforts tels cornières, barres et tiges associées au ciment par guenilles trempées dans le béton.
Le principe de 'tirage' est d'appliquer sur les parois du moule le ciment-béton assez sec pour faire des mottes et surtout pas de la bouse. Et l'on tapote bien jusqu'à ce de l'eau suinte, enfin c'est ma technique, alors il est très ferme et solide.

Et le chantier ainsi s’élève, s’élève, en bourrant de temps à autre des cornières et tiges métalliques comme armature, d’abord verticalement puis horizontalement aussi en arrivant dans le torse, le tout savamment soudé avec des chiffons imbibés de ciment. Pour finir de remplir avec le ciment-béton qui est épais de ca 1,5 à 3 cm il y avait une ouverture dans le dos mais je ne sais plus par quel prodige elle a été comblée, mais la trace n'est pas visible.
Le ciment a besoin d’eau lors de sa prise donc avec ses 120 kg (ou plus ?) je déplace à la brouette cet ensemble très conséquent, bien ligaturé, dans la basse-cour vers un point d’eau pour y être arrosé régulièrement pendant 7 jours. c'était en été et il faisait une chaleur torride. Il finira sa maturation au bout de 11 jours ou plus.
2ème jour ‘J’ :
Décoffrage ou décochage, càd. que l'on casse les moules. Moment au combien palpitant, on tape avec de vieux ciseaux à bois, on casse et la pièce commence à apparaitre. Et Ô merveille tout apparaît comme prévu mais blanchâtre comme sur la photo de la tête, partie non brossée, car je n’avais pas huilé les moules. Ce ‘Goo’ comme disent les Anglais il suffit pour l'enlever, avant qu'il ne sèche, de le frotter fortement à la brosse métallique.
Et là, gros désenchantement : les imperfections sont flagrantes, en particulier les cuisses trop grosses, les abdominaux trop saillants, les lignes pas assez tendues.
Alors à la lime à métaux je commence … j’en ai usé 19, des limes à métaux ! ce limage donne sur le ciment un poli nickel.
La couleur faisait penser de loin à du bronze, un mélange de gris anthracite, de noir et de vert foncé d'un aspect légèrement métallique.
<= Ici la moitié de la tête a été brossée à la brosse métallique simplement.
Application d’une cire de protection puis repos en plein air.
Anecdote après la réalisation :
Peut-être dû au fait que j’y avais passé de longues heures, soit 2,5 mois, et usé 19 bonnes limes, une chose très curieuse se produisait à chaque fois que j’allais la retrouver et qu'elle apparaissait tout d'un coup derrière un pan de mur ; il y avait comme une présence très sensible en approchant de l'endroit où elle se tenait avant de l'avoir vue … et le plus curieux est que mon père m’a fait la remarque de cette sensation. Comment une chose aussi froide que le béton peut-elle exprimer une présence ? Mystère d'un huitième sens .... Finalisée elle reste dehors.
Les années passent et un beau jour d’automne mon père m’appelle ; elle gisait là, cassée net en 2, dans un tapis de cyclamens … c’était émouvant, poignant même !
Elle devait gêner des rodeurs du soir …qui devaient ressentir cette présence.

Alors elle part dormir dans la grange, buste, bras et tête séparés, jusqu’à ce qu’un ami la découvre et l’acquière. … 30 ans après.
Après quelques mois laissée dehors des plaques blanchâtres sont apparues, qui partent au couteau. Elle devra donc être sérieusement revue par le service après vente.
/image%2F1858725%2F20150930%2Fob_98838b_claude-bujeaud.jpg)

/image%2F1858725%2F20170527%2Fob_92dc9d_10-2-harmonie-ciment-fondu-1.jpg)
/image%2F1858725%2F20170527%2Fob_7ffe0d_10-sans-titre-numerisation-01-r.jpg)
/image%2F1858725%2F20170527%2Fob_e7cd9f_10-2-num-3.jpg)
/image%2F1858725%2F20170527%2Fob_67a4fd_10-1-num-3.jpg)